5 février, par Christine Fiasson, Déborah Ades

Repenser les temps d’apprentissage

Avant la classe : faciliter l’engagement dans les apprentissages avec la e-éducation

Épisode 5 - Série « Repenser le temps avec la e-éducation »

e-éducation


La formation des enseignants, particulièrement en ce qui concerne les technologies, doit urgemment opérer une véritable rupture épistémologique, en passant du paradigme de l’optimisation (on forme à des dispositifs censés être excellents) à celui de l’adéquation (on forme au repérage des paramètres pertinents de l’environnement d’enseignements/apprentissage, ainsi qu’aux règles à suivre dans le choix et l’assemblage des éléments nécessaires à la construction de dispositifs adaptés) .
Brunel S, Girard P, Lamago M (2015), « Des plateformes pour enseigner à distance : vers une modélisation générale de leurs fonctions », AIP Primeca, La Plagne, France.

Cet article vous propose de faire un tour d’horizon de quelques leviers identifiés par les chercheurs et appliqués dans le cadre de parcours de e-éducation pour renforcer l’engagement des élèves dans les apprentissages, en amont de la classe.

Dans quelles mesures le numérique incite plus que jamais à anticiper la rencontre entre élèves et professeurs ?

1° S’adapter au contexte


S’adapter au contexte, c’est identifier ce qui, dans un cours, peut être présenté de façon individuelle et ce qui mérite d’être travaillé dans une dynamique de groupe ou de tutorat. Ainsi, un élève pourra comprendre la définition d’un triangle à travers une courte vidéo, mais il devra en tracer lui-même pour s’approprier les théorèmes associés.

Cela peut passer par un réaménagement de la classe :

  • adopter une installation mobile permettant de passer de phases individuelles à des phases en groupes ;
  • proposer des pôles dédiés à des compétences et outillés en conséquence avec des tablettes, un TNI ;
  • réaliser un projet nécessitant un tiers lieu et du matériel précis qui permet de donner un autre enjeu à l’apprentissage tel que la réalisation d’une émission de radio.

Enfin, il s’agit d’être attentif au guidage. Sur support numérique, l’enseignant doit à la fois expliciter les attendus, penser l’ergonomie de la page pour ne pas risquer la surcharge cognitive, anticiper des temps de remédiation en direct pour accompagner au mieux les élèves.

Pour se faire une idée :

Fabien Taillandier, Le sens d’un mot, Cycle 2 et 3, Français.

Dans ce parcours, les activités peuvent être réalisées de façon autonome et permettre de laisser certains élèves avancer à leur rythme en demandant de l’aide quand le besoin s’en fait sentir par le biais d’un tutorat ou au cours d’un petit atelier organisé par l’enseignant. Cette modalité facilite l’adaptation des élèves aux apprentissages en différenciant et optimisant les réponses face aux demandes éventuelles.

Pour aller plus loin :

2° Se souvenir ensemble


Stanislas Dehaene parle d’engagement actif pour décrire le fait de proposer aux élèves des activités régulières qui favorisent la mémorisation. Ainsi quelques parcours de référence pour voir et revoir certaines notions centrales peuvent permettre de réactiver des pré-requis.

Il est important, avant de débuter la découverte d’une notion, de faire émerger les représentations initiales des élèves. Cela permet de mesurer l’écart entre ce qu’ils savent et ce qu’ils doivent apprendre. C’est l’occasion aussi de démarrer par une expérience commune à la classe qui forge le groupe et sert de référence ensuite. « Souvenez-vous lorsque nous avons fait…. ».

Pour se faire une idée :

Élisa Gy, Les ceintures des verbes irréguliers, Cycle 3 et 4, Anglais.

Ce parcours peut répondre à plusieurs modalités, tant pour anticiper, compléter le cours ou remédier. Il présente l’avantage de créer tout au long de l’année une ressource de référence en appui du rythme de la progression de l’élève. Ce faisant, il l’invite à s’engager dans la tâche et lui permet de construire une expérience sur laquelle il est ensuite possible de s’appuyer cours après cours. Plusieurs parcours de cet ordre peuvent servir à créer un corpus de ressources communes à une discipline et faciliter la progression des élèves au fur et à mesure des cycles.

Pour aller plus loin :

3° Anticiper les mécanismes adéquats de l’apprentissage


Là encore, de nombreux chercheurs comme André Tricot insistent sur le fait que ce qui importe c’est l’adéquation de la tâche demandée avec l’objectif d’apprentissage visé. Si l’on souhaite que l’élève soit attentif à des informations dans une ressource, il convient par exemple de lui proposer un QCM avec la ressource en appui. Mais, si l’on souhaite qu’il commence à mémoriser, alors on veillera à ce que la ressource ne soit pas accessible au moment du test.

L’étape ultime est atteinte lorsque, face à un problème, l’élève mobilise de lui-même un savoir antérieurement appris pour le résoudre. Il convient d’anticiper l’objectif cognitif pour proposer à l’élève l’activité qui répond à ses besoins. Il faut donc anticiper les besoins pour anticiper les gestes du professeur.

Cela suppose, outre une maîtrise de la didactique des disciplines et de la pédagogie, une bonne connaissance des outils à disposition. En effet, aujourd’hui le numérique offre la possibilité de créer des situations d’apprentissages inédites, telles que faire réaliser à ses élèves des tutoriels.

Pour se faire une idée :

Elsa Alves Dias, Réaliser un croquis d’étalement urbain avec Edugéo, 1ère, Géographie.

Dans ce parcours, chaque activité a été choisie en fonction de la compétence identifiée comme la plus pertinente pour que l’élève s’approprie à la fois connaissances et méthodes. Ainsi, après un travail préparatoire de lecture d’une carte IGN qui passe par un test de compréhension, l’élève est incité à produire lui-même un croquis. Des phases individuelles et collectives sont alternées. L’élève peut à tout moment faire appel à l’enseignant ou à ses camarades pour avancer dans le parcours.

Pour aller plus loin :

4° Ritualiser pour sécuriser


Innover est une bonne chose puisque cela suppose d’interroger ses pratiques et de les faire évoluer. Néanmoins, il est aussi important, dans une certaine mesure, de donner aux élèves des repères et d’automatiser certaines tâches.

Pour ce faire, on peut ritualiser à la fois le moment et/ou le lieu où est utilisé le numérique : en début d’heure, lorsqu’on a fini, dans un coin de la classe, au CDI, à « Devoirs Faits »… Il est important de montrer à l’élève que son travail en autonomie sur un support numérique fait l’objet d’un suivi.

On peut aussi créer des univers de référence avec par exemple un héros commun à plusieurs parcours que l’élève suivrait à la façon d’une série. On remarque d’ailleurs que les élèves prennent rapidement leurs habitudes sur Éléa et que passé le temps de la première connexion, ils développent des habiletés qui leur permettent de tirer le plein potentiel de l’outil, à condition qu’il apporte un réel intérêt pour comprendre, mémoriser et approfondir le cours.

Pour se faire une idée :

Outre le fait que ces parcours proposent des intrigues inspirées de faits réels et donnent du sens aux apprentissages, la création d’un personnage de référence au sein des différents parcours contribue à faciliter la prise en main par les élèves qui y retrouvent un univers spécifique au sein duquel ils peuvent se construire des repères : un personnage identifié, une intrigue construite sur un schéma narratif similaire et une cohérence graphique qui favorise l’automatisation de certaines tâches.


Pour aller plus loin :

5° Donner envie, motiver


La motivation est une affaire complexe. Entre l’envie motivée par les autres (extrinsèque) et l’envie de se dépasser (intrinsèque), Alain Lieury et Fabien Fenouillet rappellent que la seconde est plus durable que la première. Plus encore, ils démontrent que pour avoir envie, il faut se sentir capable et pouvoir, dans une certaine mesure, choisir le chemin à emprunter.

Engager une classe dans un concours, proposer une intrigue intéressante, valoriser les efforts par des consignes positives sont autant de leviers pour favoriser un engagement positif dans la tâche. Il s’agit donc ici de susciter l’envie de se dépasser en tant qu’élève mais aussi en tant que membre d’un groupe classe, dans un climat de confiance où le droit à l’erreur permet de surmonter les difficultés pour viser plus haut et plus loin.

N’oublions pas aussi que la mémoire s’appuie, entre autres, sur les émotions…

Pour se faire une idée :

Magalie Drouet, Caroline Lefeuvre, Le Mot d’Or, 1ère et Terminale STMG.

Dans ce parcours, les élèves sont invités à préparer le concours du Mot d’Or qui conduit les élèves à développer l’usage du Français comme langue professionnelle des affaires. Alternant une phase de découverte suivie de quatre missions spécifiques, ce concours permet de susciter les ressorts de la motivation.

Pour aller plus loin :

6° Se rendre disponible


Sur le site Néopass@ction [1], l’Institut Français de l’éducation présente les postures enseignantes : contrôle, accompagnement, lâcher-prise, sur-étayage et enseignement. Avec le numérique, chacune de ces postures prends un nouveau sens. Ainsi, avec un parcours sur lequel les élèves évoluent avec un suivi accessible à l’enseignant, il devient plus simple de lâcher-prise.

De même, il faut veiller, lorsque l’on rédige les consignes à ne pas risquer le sur-étayage tout en étant le plus explicite possible. Cet équilibre délicat à trouver dans un premier temps permet toutefois d’apporter des réponses efficaces à nos élèves.

Plus encore, derrière cette idée d’être disponible, vient se poser la question de la congruence. D’accepter les élèves pour ce qu’ils sont : des enfants, des adolescents, des adultes en devenir et aussi de ne pas chercher à se donner une posture contre nature que les élèves percevraient. Se rendre disponible, c’est, avant la classe, se donner les moyens d’aller à la rencontre des élèves.

Pour se faire une idée :

Peggy Plokarz, E.T., le scénario est-il possible ?, Cycle 4, 3e , Physique-Chimie

Appuyé sur un film qui appartient à la culture populaire, ce parcours organisé selon un scénario de classe inversée part des connaissances des élèves, les remobilise pour ensuite les conduire pas à pas vers une appropriation active de nouvelles connaissances. L’attribution de badges permet ainsi à l’élève de mesurer son évolution. L’enseignant est donc plus que jamais disponible pour intervenir auprès des élèves pour les accompagner et les faire avancer à leur rythme vers un objectif commun à la classe.

Pour aller plus loin :


Pour conclure :

Avec le numérique, préparer l’avant de la classe est plus indispensable que jamais. Mais, il s’agit ici d’investir du temps pour en gagner après. Cette fine scénarisation du cours, prenant le soin de mobiliser différents leviers, permet d’optimiser les apprentissages :

  • de choisir les activités les plus efficaces pour atteindre les objectifs d’apprentissages visés ;
  • de permettre aux élèves de devenir autonomes dans un environnement conçu par l’enseignant ;
  • de s’approprier les connaissances de façon active ;
  • de donner plus de place aux interactions entre élèves et enseignants, celles-là même qui semblent aujourd’hui indispensables à un apprentissage efficace.

Le temps investi en amont, est autant de temps gagné pour la suite puisqu’il ne reste ensuite à l’enseignant qu’à améliorer, à la marge, ces ressources pour toujours plus d’efficience auprès des élèves.

[1Cette plateforme en ligne veut offrir des ressources réalisées à partir de travaux de recherche fondés sur l’observation du travail des enseignants.
Cette plateforme est un outil parmi d’autres pour la formation des enseignants. Elle peut être utilisée :
- à titre personnel par toute personne disposant d’une adresse internet académique ;
- en situation de formation par un tuteur ou un formateur

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