5 avril, par Malika Alouani

Construire l’autonomie des élèves

L’élève apprenant

De la gestion des élèves à la gestion de l’espace classe

m-éducation / Plan numérique Cycle 2


La posture apprenante d’un élève se construit à travers une expérience vécue, accompagnée par l’enseignant qui tient un rôle clé dans ce projet.

Le « travaille tout seul ! » ne peut mobiliser chez l’élève de changement dans la manière d’agir et de penser son travail. Un guidage progressif et organisationnel dans la gestion de la classe par l’enseignant est décisif.

Le climat de classe, la responsabilisation et la confiance, la régulation des comportements, les gestes de coopération et de tutorat constituent des étapes importantes pour progressivement ancrées cette posture apprenante.
Cet article rend compte d’une expérience personnelle construite sur 3 années avec ma classe de CP. Il s’agit en aucun cas d’un modèle mais juste d’un retour d’expérience.

Les choix et la stratégie pédagogique mis en œuvre ont eu pour conséquences :

  • la construction d’une posture d’apprenant ,
  • la redéfinition de l’espace classe ,
  • le sentiment de pouvoir, par moment, disparaitre de la classe.

Les préalables

Parler de sa mission d’enseignant aux élèves, les enrôler dans un objectif de réussite pour positiver leur présence en classe et construire un climat de confiance et de bienveillance.

Deux moyens exploités :

Des règles de travail explicites qui évoquent les attitudes à respecter en collectivité.
Elles sont explicitées et rappelées régulièrement. Elles constituent le contrat moral qui garantit les bases relationnelles au sein du groupe classe.
La phrase adage qui cristallise le sens de la présence de chaque élève dans le collectif classe et dans le projet global de la classe.

Étape 1 : Développement de l’autonomie par demi-groupe

Modalités organisationnelles de la classe

  • Une moitié de classe hétérogène avec l’enseignant : tâches de découverte, tâches complexes qui nécessitent un guidage pédagogique fort.
  • Une moitié de classe en autonomie : les élèves sont placés en situation d’entrainement seul dans un premier temps pour sensibiliser au besoin de silence et de concentration des camarades. On installe le chuchotement, les déplacements dans le calme et on responsabilise.
Aptitudes relationnelles à anticiper



  • Un temps de régulation est mis en place lors des premiers essais pour faire expliciter aux élèves les comportements à respecter.
  • Le groupe classe exprime un retour réflexif sur la manière dont il vient de travailler.

Ce temps ritualise également un travail réflexif sur les compétences émotionnelles à comprendre et intégrer pour renforcer le vivre ensemble.


Étape 2 : Développement de l’autonomie par demi-groupe avec trois sous-groupes

Modalités organisationnelles de la classe

  • Une moitié de classe hétérogène avec l’enseignant : tâche de découverte, tâches complexe qui nécessite un guidage pédagogique fort.
  • Une autre moitié en autonomie : ce groupe est placé en situation de production et/ou d’entrainement à travers 3 îlots distincts.
    Les activités et compétences de chaque groupe sont différenciées.
    La présence du numérique avec l’exploitation des tablettes en mode production permet d’impliquer les élèves dans des tâches de création et de réinvestissement. Le numérique agit comme facilitateur dans le scénario pédagogique et l’organisation.
Aptitudes relationnelles à anticiper



  • Les gestes de coopération sont explicités et mis en place durant cette phase. Se respecter, coopérer, s’entraider en rappelant la phrase adage de la classe. L’acquisition de cette posture coopérative entre élèves est nécessaire pour faciliter les usages plus complexes que nécessitent l’utilisation du numérique.



  • Cet apprentissage entre pairs représente un levier pour agir sur la réduction des écarts de compétences entre élèves.

La phase d’explicitation des consignes est décisive. Il s’agit d’anticiper tous les besoins matériels, l’organisation spatiale devient pro-active . Les consignes audio sur les tablettes apportent une aide également importante aux activités.

Étape 3 : Développement de l’autonomie par ateliers

Modalités organisationnelles de la classe
Au travail par demi-groupe s’est ajouté, sur un autre temps, le décloisonnement de toute la classe par atelier.

  • Un groupe animé par l’enseignant sur des compétences complexes.
  • 3 autres groupes en autonomie sur des activités d’entraînement, de production collective autour des fondamentaux.
Aptitudes relationnelles à anticiper
  • Les gestes de tutorat sont alors introduits pour obtenir le feedback d’un pair sur le travail d’un camarade.
  • Les binômes sont définis avec l’enseignant, il s’agit d’un tutorat explicite et provoqué par l’enseignant afin de construire les gestes de tutorat.
  • Pour étayer le tutorat, on décrit la relation dans ce qu’elle doit être. L’effort d’expliquer sans faire à la place de l’autre. Le parti pris choisi est d’inviter les grands lecteurs à jouer ce rôle de feedback auprès des petits lecteurs dans des activités d’entrainement à l’écrit ou de lecture orale.
  • Un autre temps de tutorat a été mis en place pour les petits lecteurs en direction des grandes sections pour consolider des compétences ciblées, renforcer leur estime personnelle et construire un sentiment de réussite et maintenir une dynamique de développement personnel chez l’élève.

    Étape 4 : Développement de l’autonomie par identification des besoins et choix par l’élève de l’activité à réaliser.

    Ce temps ouvert à l’auto-positionnement de l’élève dans une activité de son choix permet de l’aider à expliciter et prendre conscience de ses besoins afin qu’il s’engage par lui-même à s’entrainer pour consolider ses compétences.
    Les activités mises à disposition concernent les apprentissages fondamentaux mais également des activités de découverte, des activités plastiques ou de lecture libre.

    Ce temps s’est accompagné d’un tutorat spontané et libre où l’élève expert d’une activité ou d’une compétence qu’il a choisi lui-même essaie d’expliciter à l’autre le résultat de son travail : explicitation d’une fiche de lecture, production d’un album numérique sur tablette, entrainement au calcul mental, création de problèmes mathématiques, créations plastiques, résumé oral de lecture…..

    • Il est difficile de définir une temporalité dans l’enchainement de ces différentes phases car d’une année à l’autre selon le profil de la classe et l’état de maturation pédagogique ces étapes se sont enchainées différemment.
    • Une des clés pour réussir consiste à enrôler les élèves dans des contextes signifiants où l’activité « dite scolaire » de l’élève interfère avec des démarches de projets. Cette stratégie pédagogique prend alors sens dans un environnement global et favorise l’implication de l’élève.

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