21 février, par Déborah Ades

Repenser les temps d’apprentissage

Pendant la classe : rythmer les apprentissages avec la e-éducation

Épisode 6 - Série « Repenser le temps avec la e-éducation »

e-éducation Région - Académie


Depuis septembre, une série d’articles accompagne la question du temps des apprentissages : « devoirs faits », « Parcours personnels de l’élève », « réflexion sur le temps mobile » ou encore sur « la cohérence des temps d’apprentissages ». Ces écrits posent un premier cadre. Nous abordons maintenant, l’avant, le pendant et l’après de la classe. Nous nous questionnons sur le temps des évaluations dont celui de l’enseignant engagé à travailler et apprendre avec le numérique.

En matière de différenciation, c’est dans la conduite de la classe qu’il faut trouver des solutions. [...] Les enseignants sont nombreux à avoir trouvé les chemins, les gestes professionnels ajustés pour faire travailler ensemble les élèves tout en les accompagnant singulièrement dans leur parcours. Mais cette capacité à l’ajustement dans l’action, par des jeux de postures souples, n’est ni spontanée ni facile.
Bucheton D, (2017).« Gestes professionnels, postures des enseignants, : quelle responsabilité dans les processus différenciateurs ? », Conférence de consensus du CNESCO

L’article qui suit se propose d’explorer quelques pistes permettant à l’enseignant d’être plus que jamais aux côtés de ses élèves grâce à l’appui d’un parcours de e-éducation. Le numérique permet à l’enseignant d’agir auprès des élèves aussi bien en étant à leur côté pour les accompagner, qu’au travers d’un contenu en ligne qui explique et fait faire.

Dans quelles mesures le numérique démultiplie les interactions entre les enseignants et leurs élèves ?

1° Hybrider pour gagner en souplesse : avec ou sans numérique


Caractéristique intrinsèque à la e-éducation, l’enseignant peut alterner des temps avec utilisation du numérique et des temps sans numérique. On parle d’hybridation. Par exemple, on peut utiliser une trace écrite collaborative accessible via un QR code collé dans le cahier, ou encore demander à l’élève de photographier un exercice réalisé sur le cahier et le déposer dans une activité devoir afin que l’enseignant le récupère pour l’évaluer.

Avoir à disposition des tablettes peut faciliter ce passage du numérique au papier et vice versa. Mais l’accès à des espaces équipés de quelques postes permet déjà d’introduire cette flexibilité.

Dans les lycées professionnels, certains enseignants scénarisent des parcours pour familiariser les élèves avec des environnements numériques de travail (ENT) professionnel. L’élève reçoit une mission, doit compléter des éléments, peut accéder à des aides et réalise la mission en complétant sur la plateforme les mêmes informations que celles qui pourraient lui être demandées en situation de travail réelle.

Extrait du parcours Bien s’orienter après la STMG, Première et Terminale STMG, disponible dans la Éléathèque.

Quelques ressources pour aller plus loin :

  • La spirale de la e-éducation donne des idées et des exemples de la façon dont on peut scénariser cette hybridité.
  • La Éléathèque donne à voir environ plus de 100 parcours réalisés par des enseignants dans l’académie de Versailles.
  • Une réflexion sur l’aménagement de l’espace peut contribuer à penser différemment le temps en classe.

2° Alterner les temps d’apprentissage


L’esprit de la e-éducation, ce n’est pas d’enseigner et d’apprendre sur le numérique de façon systématique. Sylvain Connac [1] le rappelle très bien, la diversification des moyens d’apprentissage est indispensable pour permettre le développement de chacun et la réussite de tous.

Durant les cours, les élèves peuvent alterner des phases de travail individuelles et collectives, de découverte de ressources ou de mises en activités, des temps dédiés à comprendre et d’autres à produire. On peut aussi imaginer des ateliers ou encore prévoir un parcours qui soit réalisé « en appui », c’est-à-dire qui centralise les différentes étapes nécessaires à l’élaboration d’un projet. Voici quelques exemples concrets mis en œuvre sur la plateforme Éléa :

Quelques ressources pour aller plus loin :

"Apprendre à mémoriser", transversal, cycle3.
Il s’agit là d’un petit parcours à faire en début d’heure pour faire émerger les représentations des élèves.
C’est un format idéal en début ou en fin d’heure pour consolider les compétences.
"L’électricité : danger !", mathématiques-sciences, lycée.
Dans ce parcours, des tests auto-corrigés permettent à l’élève de consolider ses connaissances au fur et à mesure.
"Le harcèlement, c’est l’affaire de tous", transversal, cycle 3.
Le parcours propose un travail de groupe. D’une durée de 90 minutes, le parcours guide les élèves dans les tâches à accomplir.
"Comprendre le projet d’amélioration E31", économie-gestion, lycée.
La carte de progression de ce parcours en fait un fil rouge. Avant la période stage, les élèves s’approprient des connaissances et des compétences qui sont ensuite réinvesties pendant leur période de formation en entreprise.


3°Paramétrer un parcours de e-éducation pour prendre le temps


Les restrictions d’activité

Achèvement d’activité Éléa

Sur la plateforme Éléa, il est possible de restreindre l’accès à des activités pour :
- ne donner accès à une activité que lorsque la précédente est achevée,
- conditionner une activité à la réussite de la précédente
- ne donner accès qu’à une date précise.

Ces critères sont laissés au choix de l’enseignant.

Ce paramétrage est invisible pour l’élève mais instaure un guidage implicite. L’enseignant peut conditionner l’avancée dans le parcours à la réussite de l’élève. Il peut aussi le stopper pour permettre à l’élève de prendre le temps d’apprendre. Cela permet de donner du rythme, de lui proposer des défis et d’éveiller ainsi l’envie de se dépasser. Il s’agit d’anticiper la façon dont les élèves s’emparent du contenu d’un parcours pour renforcer l’engagement dans la tâche.


L’activité « leçon » d’Éléa

L’activité « leçon » de la plateforme permet d’aller plus loin et de construire un module fonctionnant comme les livres dont vous êtes le héros. En fonction de la réponse donnée par l’élève, celui-ci est dirigé vers une activité particulière.

4° Rythmer la progression


La e-éducation ne saurait se résoudre à un type de scénario, mais, voici une suggestion inspirée de l’« instruction directe » de Steve Bissonnette pour mettre en œuvre un parcours visant à rythmer le cours pour expliciter les attendus et favoriser l’apprentissage de méthodes.

5° Consolider un climat de classe positif


Dans la classe, un parcours de e-éducation permet d’accompagner les élèves vers plus d’autonomie. Face aux exercices proposés, les élèves peuvent faire et refaire. Ils sont guidés par les feedback. Le droit à l’erreur devient un point d’appui.

La e-éducation permet aussi d’améliorer le climat de classe en facilitant la mise en place d’un système d’entraide ou de tutorat. Les élèves prennent l’habitude de s’expliquer les éléments. À distance, ils ne manquent pas d’ailleurs de le faire en se partageant les réponses. Si l’on prend le temps de leur expliquer comment aider l’autre convenablement - c’est-à-dire ne pas donner la réponse mais expliquer le raisonnement- il est possible de faire progresser tutoré comme tutorant.


Enfin, la e-éducation permet à l’enseignant de changer de posture pendant la classe. Créateur du contenu proposé, il est aussi celui qui accompagne ou laisse faire et observe. L’élève est davantage impliqué et responsabilisé dans l’acquisition de ses savoirs.

6° Alterner petit ou grand parcours


Deux démarches sont possibles avec la e-éducation :
- favoriser des parcours long équivalents à des séquences et favorisant l’hybridation présentée plus haut ;
- favoriser des parcours rapide pour cibler une notion ou une compétence.

Les parcours réalisés par les Archives Départementales des Yvelines - et à disposition sur la Éléathèque- illustrent cette posture d’accompagnement à l’autonomie par le biais d’un petit parcours centré sur une ressource ciblée et une démarche d’analyse centré sur une compétence.

Exercer son esprit critique, EMC, cycle 4, 10 minutes.


La crise des années 1930, Histoire, 3ème, 20 minutes.


Pour conclure

Le temps peut devenir un levier pour améliorer les situations d’apprentissage des élèves. Dans cette idée, la e-éducation offre la possibilité d’introduire une certaine profondeur de temps. Dans la classe, l’utilisation du numérique doit être anticipée et au service de situations d’apprentissage variées. Un parcours permet à l’élève de faire des allers-retours entre ce qu’il doit faire et ce qu’il a déjà fait. Devant réussir des étapes pour accéder aux activités suivantes, l’apprenant doit prendre le temps de consolider ses acquis. L’alternance en classe entre le récit de l’enseignant et les activités à réaliser que l’enseignant met à disposition rend l’élève de plus en plus autonome dans son avancement. Le droit à l’erreur devient un levier d’apprentissage.
L’enseignant donne le tempo des apprentissage et accompagne tous les élèves vers un même horizon de maîtrise des compétences, mais les élèves avancent à leur rythme, guidés - de façon personnalisée et progressive - vers une acquisition efficace.


Pour en savoir plus :
· Étienne Bourgeois et Gaëtane Chapelle (dir.), Apprendre et faire apprendre, PUF, 2015
· Sylvain Connac, La personnalisation des apprentissages, ESF, 2015
· Conférence de Jean-Luc Berthier, « Cognition de l’apprenant : quelle place pour le numérique ? », mars 2017
· Conférence d’André Tricot,"Sous quelles conditions le numérique améliore-t-il les apprentissages scolaires ?", mars 2017
· E. Vellas, « Comparer les pédagogies, un casse-tête et un défi », Université de Genève, FPSE, mai 2007
· Archives Départementales des Yvelines, Présentation du parcours « La crise des années 1930 »"

[1Sylvain Connac (2012), La personnalisation des apprentissages : Agir face à l’hétérogénéité, à l’école et au collège, Esf.

Partager

Imprimer cette page (impression du contenu de la page)