4 juin, par Isabelle Alexandre

Bassin d’éducation de Massy

Témoignage : accompagner un Bassin d’Éducation

Pour une mise en œuvre des usages numériques

e-formation Région - Académie Bassin de Massy


Qu’est-ce qu’Accompagner ?

Le terme d’accompagnement est polysémique lorsqu’on l’attribue au monde professionnel [1] ; dans la situation très précise d’un bassin d’éducation, nous pouvons limiter la réflexion au contexte de la formation pour adultes.

Ce choix nous apparait légitime parce que dans cet environnement professionnel qui se caractérise par une très grande hétérogénéité [2], il apparait que les membres d’un bassin d’éducation qui ont globalement une mission d’harmonisation et de cohésion des pratiques pédagogiques, se trouvent seuls à apprendre de manière très informelle, des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être, des savoirs mixtes et des savoirs cognitifs afin de consolider des compétences [3] au cœur du triangle savoir-agir, pouvoir agir et vouloir agir.

L’Accompagnement au sens pédagogique du terme, désigne une modalité dans laquelle, les apprenants sont en demande auprès d’un formateur.

Le formateur se retrouve alors dans une double contrainte : celle du geste professionnel de formation, qu’il formule en interprétant une demande et celle du geste de la posture professionnelle vis à vis des apprenants.

La difficulté réside dans la création d’un cercle vertueux, dynamique, dans lequel émergent des demandes de la part des apprenants qui alimentent la réflexion préalable de l’accompagnant-formateur, parce qu’il a en amont préparé son diagnostic et qu’il a une idée de la direction vers laquelle il doit entraîner le groupe sans le brusquer, et sans rompre les propres mécanismes d’apprentissages uniques au groupe considéré. C’est la guidance.

Accompagner les chefs d’établissements dans la mise en œuvre du numérique éducatif

La première étape, est d’établir un diagnostic des pratiques numériques,
la seconde est d’imaginer un idéal et enfin la troisième est de construire un parcours de formation cohérent.

Le diagnostic

Il faut au préalable identifier la focale qui sera dynamisante.

Les référentiels métiers ne donnent pas la liste des tâches prescrites par l’institution.

Chaque individu s’empare de sa lettre de mission qu’il met en œuvre en fonction de ses compétences du moment. Cela a pour conséquence, la création d’une dynamique toujours évolutive des actions menées par les différents acteurs.

Le rôle du formateur-conseiller est d’identifier les tâches récurrentes qui participent à l’élaboration des actions dans le cadre d’une lettre de mission.

Ces tâches qui utilisent l’outil numérique s’identifient rapidement, car elles sont souvent associées à des difficultés, ou à un manque de fluidité qui bloquent la création de processus vertueux demandés dans la lettre de mission.

 [4]

Le diagnostic doit s’appuyer sur une réflexion solide des usages numériques au regard des travaux universitaires sur l’anthropologie numérique [5] [6]
Il apparaît donc indispensable, lors de la construction de ce diagnostic, d’identifier avec soin, ce qui apparait comme du braconnage [7]
c’est à dire, le détournement d’outils existants :

on constate qu’il y a très peu de détournements ; en fait, il peut y avoir remplacement d’un outil académique par un outil personnel,

ce qui apparait comme du bricolage [8]
c’est à dire, identifier comment sont exécutées des tâches avec un nombre d’outils numériques clos :
- prendre un rendez-vous pour une réunion,
- élaborer un compte rendu de réunion, (liste non exhaustive)

et enfin ce qui apparaît comme du butinage [9]

On constate plutôt que les personnels se plaignent de ce butinage imposé par l’institution. Aller de sites en sites, pour retrouver un document important, est perçu comme une entrave à l’efficacité.

A partir de ce diagnostic, on en vient à poser les enjeux qui seront la base de l’élaboration de l’idéal que nous voulons imaginer.

Comment l’outil numérique s’articule entre professionnels, comme élément fondateur d’une Culture Professionnelle Partagée dont l’aboutissement est la création de processus efficaces ?

L’idéal imaginé

En réponse à cet enjeu, l’idéal est facile à concevoir : créer une cohérence d’usages numériques entre les chefs d’établissements et les partenaires intervenant dans un bassin d’éducation, parce que ces pratiques de cadres seront modélisantes au sein même des établissements et auront une influence directe sur les pratiques des enseignants, des personnels, des élèves et des parents.

Cet idéal se concrétise, dans le bassin de Massy, par l’usage d’un espace collaboratif, disponible sur la plate-forme LMS de l’Académie, M@gistère.
Dans cet espace, collaboratif, vont s’articuler les outils disponibles et ceux institutionnels :

Articulation des services académiques

Création d’une boite fonctionnelle auprès de la DSI, ouvrant l’accès au Cloud Académique, dans lequel ont été créé des dossiers partagés en lecture et écriture par un lien public avec un mot de passe. Ces deux informations sont disponibles sur la page d’accueil de l’espace collaboratif.

Articulation des outils dans l'espace collaboratif

Inventaire des tâches identifiées lors du diagnostic partagé

La mise en œuvre ou réalisation

Plusieurs étapes à réaliser :

  • Créer la confiance en organisant des réunions informelles, dont les thématiques traitent à la fois d’une prise en main factuelle d’outils numériques et aussi de grandes thématiques de culture numérique comme, Qu’est-ce qu’internet, Quels sont les modèles économiques d’internet, Qu’est-ce que la Culture Numérique, le Transmedia-Storytelling [10], Le tabou existe-t-il sur internet, Comment décrire le temps et l’espace dans internet ? (liste non exhaustive)

Ces thématiques permettent de construire un imaginaire commun que l’on peut appeler Culture [11].

  • Proposer et réaliser des tutoriels, des mini-formations, sur des outils spécifiques,
  • Proposer des solutions un peu élaborées sur la circulation de l’information, sur le partage documentaire dans un EPLE,
  • Proposer des actions de formations formelles ou institutionnelles au niveau du bassin, et des EPLE.

Témoignage

1 - La démarche d’homogénéisation des pratiques numériques de communication est-elle selon vous, indispensable au le pilotage d’un bassin d’éducation. Pouvez expliquer, en fonction de votre réponse, pourquoi ?

Oui, elle est indispensable. La multiplicité des canaux d’information nuit à la diffusion de ladite information, l’inhibe même parfois. L’homogénéisation des pratiques de communication conduit en revanche à rendre cette info plus lisible et facilement accessible. Elle rassure tous les interlocuteurs , induit le partage, la mutualisation d’informations et plus généralement le travail collaboratif...

2 - Quels freins identifiez-vous dans la mise en œuvre de cette démarche d’homogénéisation ?

Le frein est lié aux habitus en matière de communication numérique, le manque de plasticité et de volonté d’adaptation au regard d’un nouvel outil que jusqu’à présent on a peu utilisé...Un autre frein peut-être lié au refus de renoncer à son identité propre au profit de codes de communication partagés.

3 - Quels sont les avancées fortes, selon vous, de la mise en œuvre de cette démarche d’homogénéisation qui n’étaient pas envisageable auparavant ?

Faut-il envisager par "avancées fortes", des éléments de contexte qui jusqu’à présent n’étaient pas forcément réunis ? Je pense en particulier à la dynamique qui se joue (ou pas...) dans le tryptique conseiller numérique- animateurs de bassin - membres du bureau. Je pense également à la qualité du support utilisé, ici la plateforme m@gistère, les différentes fonctionnalités qu’elle propose et qui doivent demeurer de qualité pour prétendre générer de nouveaux usages. Je pense enfin au poids et au rôle de la commission numérique qui doit impulser pour convaincre, instance disposant de la légitimité nécessaire pour modifier, infléchir des pratiques en vigueur. Le rôle du conseiller aux usages numériques, sa personnalité sont ici déterminants.

4 - Qu’est-ce que cette démarche peut ou vous a apporté dans votre pratique professionnelle personnelle ?

C’est une démarche aisément réinvestissable en tant que perdir. Elle est applicable à différents contextes ; vis à vis des collègues en EPLE et du sacrosaint pilotage pédagogique et/ou éducatif, dans le cadre des formations de cadres (hybrides notamment) et ...surtout...avec les élèves, posant en cela la problématique de la dématérialisation du temps et de l’espace d’apprentissage...

Pour la rentrée 2018 ?

La commission numérique du bassin de Massy propose un livret d’accueil pour tous les nouveaux personnels qui seront nommés dans le bassin pour l’année scolaire à venir.

L’implicite étant clairement explicité, l’accueil devient effectif.

[2hétérogénéité, des métiers, chef d’établissement, inspecteurs, correspondants académiques, enseignants, etc, des status, stagiaires, en fin de carrière, faisant fonction, hétérogénéité des âges et des parcours antérieurs,hétérogénéité des parcours de formations initiales.

[4Dans le bassin de Massy, le diagnostic partagé des difficultés a été le suivant :

  • trop de courriels reçus,
  • trop de sites à consulter,
  • beaucoup de temps perdu

[5Habilitation à diriger les recherche, Anthropologie des usages du numérique, Pascal Plantard, soutenue en 2014

[6Les imaginaires numériques en éducation, Pascal Plantard, éditions Manucius, 2015

[7Intelligence pratique des technologies, op.cit. p. 92

[8Processus d’adaptation permanent des usagers des outils numériques, op.cit. p.102

[9[...]recherche de manière aléatoire, non linéaire, non déterminée d’un savoir fécond qui parle [à l’internaute], op.cit.p.120

[11Le concept de techno imaginaire proposé par l’anthropologue Georges Balandier (1986) « Les technos imaginaires produisent une pensée magique qui en s’individualisant se transforme en pensée technique productrice d’instruments technologiques et de pratique de ces instruments », op.cit.p.151

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