7 septembre, par Anne-Cecile Franc

Se former avec le numérique

Former les contractuels de lettres sur m@gistère

e-formation


Gwénola FIEVRE-SIMON est enseignante de lettres modernes, formatrice académique (PAD 91, groupe contractuels, groupe écriture, groupe innovations pédagogiques, groupe français au cœur des disciplines, accompagnement T1 T2 T3, préparation au concours) et chargée de mission d’inspection.
Elle témoigne ici de la manière dont la plateforme m@gistère a été utilisée dans le cadre de la formation hybride des enseignants non titulaires de lettres modernes.

Lorsque la formation des contractuels a été repensée il y a quatre ans, elle a donné au numérique une nouvelle place, encore amenée à changer à la rentrée prochaine. Celle-ci a évolué non seulement parce que le numérique permet de faciliter les communications entre les différents acteurs de la formation mais aussi parce que le numérique induit de nouvelles pratiques qui facilitent l’autonomie des apprenants et une appropriation personnalisée des contenus de formation. En effet, il permet la mise en œuvre d’une démarche inversée, active, collaborative dans laquelle le stagiaire n’est plus passivement en attente de modèles à reproduire mais plutôt dans une interrogation professionnelle sur ses pratiques. Cette démarche qui se base non sur une unique accumulation de savoirs ou de modèles observés mais sur le développement de compétences d’aptitudes professionnelles et l’expérimentation de la collaboration et de la coopération [1] nous semble plus pertinente particulièrement avec des adultes dont la voie de recrutement ne conforte pas la perception de leur légitimité.
Le numérique est tout d’abord un facilitateur de communication dont nous verrons qu’il joue également un rôle sur la transformation de la transmission des savoirs. Nous avons tenté de résumer les possibilités liées à ces échanges facilités dans le schéma ci-dessous :

Utilisation des outils numériques pour la formation des enseignants contractuels de lettres (CTEN)

En gras à la fin de chaque descriptif, se trouve le nom des outils numériques mis en œuvre. Nous développerons par la suite certains des aspects qui nous semblent les plus intéressants pour notre formation et nous attacherons à en dégager les plus-values potentielles.

a) Le numérique comme levier de freins matériels

L’utilisation de la plateforme m@gistère facilite le travail de scénarisation et de conception des formateurs qui peuvent utiliser des classes virtuelles pour élaborer les formations à distance.
Les documents élaborés dans ce cadre sont conservés et partagés, soit pour les réutiliser avec les contractuels nouvellement recrutés (à titre d’information nous avons mené trois cycles de formation cette année), soit pour les reprendre pour les faire évoluer selon les besoins.
Les différents outils numériques nous permettent donc de gagner du temps et de produire des outils de travail plus performants, mieux adaptés aux besoins de nos stagiaires. Cette base est enrichie par tous les formateurs-contributeurs et nous permet d’avoir accessible un ensemble de ressources conçu par des gens dont les expériences et les formations de formateurs diversifiées. Ainsi cette richesse collaborative profite à tous. De plus, le fait d’utiliser régulièrement la plateforme pour élaborer nos formations nous permet de travailler aux moments qui nous conviennent à tous sans être obligés de nous déplacer. Nous n’hésitons donc plus à nous réunir « à distance » pour travailler.
En levant ces différents freins matériels, le numérique facilite l’engagement des tuteurs et des stagiaires dans la formation.

b) Le numérique comme levier face à l’hétérogénéité des stagiaires et au manque de confiance en leurs compétences professionnelles.

L’échange à distance avec les stagiaires permet un suivi individualisé. Les contractuels ont des profils très hétérogènes de par leurs formations, la diversité des postes qu’ils occupent et ont donc des besoins très différents les uns des autres. Par gêne, ils n’osent pas toujours poser leurs questions en présentiel et préfèrent un échange à distance. Cela permet aussi à la collègue qui gère le groupe de répondre aux questions pratiques qui se posent à eux. De plus, le lien qui se crée entre les stagiaires et les formateurs est maintenu par le numérique qui permet de poursuivre la réflexion au-delà du temps de présentiel. Ainsi des aspects plus individuels peuvent être abordés et de nouvelles pistes de réflexion proposées.

« Les formations sont des temps d’échange privilégiés. Lors des classes virtuelles c’est difficile de prendre la parole. Avec les tableaux blancs, en écrivant, c’est plus facile de donner ses idées et on a le temps de lire ce que proposent les autres. Comme c’est enregistré on doit pouvoir le revoir, mais je ne l’ai jamais fait encore. »

Les classes virtuelles permettent de réfléchir en collaboration à des situations problèmes et de tester des scénarios pédagogiques. Les contractuels se formant sur le terrain, en exerçant, ces moments de réflexions collaboratives leur permettent de développer une analyse réflexive sur leurs pratiques, compétence d’autant plus importante à développer qu’ils n’ont, le plus souvent, pas reçu de formation didactique et pédagogique. Ces constructions communes de contenus permettent de changer le lien entre le formateur et le formé et les formés entre eux, de la même manière que ce qu’évoque G. Barnier dans la relation professeur, élève où l’enseignant est amené « à davantage se positionner comme un médiateur, un tuteur, un passeur, un accompagnateur, un régulateur, une personne ressource dans des dispositifs de mise en activité des élèves. [2] »

« Certains contractuels utilisent la zone de dialogue (chat) pour échanger avec les formateurs d’abord puis partagent sur le tableau blanc dans un deuxième temps. »

Nous pensons aussi que ces publics souvent isolés dans leurs établissements, mobiles, peuvent bénéficier de ces échanges pour développer et enrichir leur culture professionnelle ainsi que pour créer des communautés de travail. La question de leur ouvrir un espace collaboratif sur lequel ils pourraient échanger sans notre intermédiaire a été posée lors d’une de nos réunions, mais cet espace et sa gestion sont encore à penser.

c) Le numérique comme outil d’élaboration de savoirs collaboratifs

Inciter nos stagiaires à échanger, à mutualiser à confronter leurs savoirs d’expérience, de terrain, leur permet de les analyser, les objectiver. Cette étape, nécessaire apporte son lot d’interrogations, de besoins de réponses didactiques, pédagogiques. Apprendre suppose donc que les apprenants conçoivent, élaborent ensemble. L’utilisation des outils disponibles sur la classe virtuelle ou sur la plateforme nous permettent de concevoir des supports collaboratifs et de les mettre à disposition de tous. Certains de ces supports sont élaborés par les formateurs ensemble, d’autres sont élaborés entre les formateurs et les stagiaires et d’autres encore sont le fruit du travail coopératif ou collaboratif des stagiaires. Le stagiaire est ici amené à travailler dans sa zone proximale de développement [3] grâce à une combinatoire entre étayage et réinvestissement de ses propres compétences objectivées comme nous l’avons expliqué plus haut car apprendre est « un processus interactif dans lequel les gens apprennent les uns des autres » . [4]
En permettant aux apprenants de réfléchir, construire ensemble et avec les formateurs leurs nouvelles compétences professionnelles, nous espérons leur faciliter l’acquisition d’une confiance professionnelle qui facilitera l’évolution et le développement professionnels et « c’est par des mises en interactivité (entre élèves et entre enseignant et élèves) que le savoir se construit ». [5]

« […] Personnellement, j’avançais à tâtons. Grâce aux échanges avec les formateurs et le retour d’expériences des collègues contractuels sur le terrain, je peux affirmer que j’ai fait de bonnes avancées dans mon travail. »

[2Gérard Barnier : Ibid.

[3Concept développé par Lev Vigotsky. Voir : Dossier Lev Vigotsky et l’éducation, Revue Skole.fr, 2009.

[4J.S. Bruner : Le Développement de l’enfant : savoir faire, savoir dire, Paris, 1989.

[5Gérard Barnier : Théories de l’apprentissage et pratiques d’enseignement.

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