14 octobre, par Stéphane Guérault

Les états généraux du numérique territorialisés

Gouvernance et anticipation - Table ronde n°2

Centrale Supélec (Saclay ) - 6 octobre 2020

Région - Académie


Le confinement : un accélérateur du changement dans un paysage complexe

La gouvernance du numérique nécessite de dialoguer avec de nombreux partenaires. Elle offre un paysage complexe. La période de confinement a agi comme un révélateur de constats et a questionné les modèles de gouvernance.

Accélération des déploiements de matériel

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Pour certaines collectivités, le confinement a poussé à accélérer un déploiement déjà prévu, à distribuer dans l’urgence des matériels à des familles en difficulté, mais aussi parfois à des directeurs. Ces équipements ont été distribué en dehors des cadres de conventionnement ou de protection prévus auparavant. La politique des équipements et des services par compétence territoriale “en silos”, la segmentation des collectivités par champs de compétences peut être un frein pour les usages.
Faut-il un cadre d’harmonisation des équipements ? Comment réfléchir autrement les relations en interdegrés et les liaisons “pivots” entre niveaux ?
Laurent Jeannin a rappelé que ce qui a fonctionné pendant la période de confinement, c’est le système “D” et l’autoformation des enseignants, avec souvent leur propre matériel.

Un rapprochement des différents acteurs

La crise a également rapproché les acteurs publics (État et collectivités), les opérateurs et les acteurs privés, mais aussi les entreprises de la EdTech et les associations.
L’académie de Versailles a lancé dès le 3 juillet 2020 le « Club des Partenaires » , entre les représentants de l’État, les collectivités volontaires et les opérateurs, dont le réseau Canopé pour réfléchir à une autre gouvernance du numérique.
De même, le lancement du projet démonstrateur national “Territoires Numériques Educatifs” (TNE) dans le Val d’Oise dès le mois de juillet est un exemple de cette réflexion de nouvelle gouvernance poussée par la période du confinement. Ce projet est centré sur :

  • un équipement massif, notamment du premier degré,
  • un accès aux ressources,
  • une formation des personnels sous un format nouveau,
  • une formation des familles.
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Ce sont des leviers de cette nouvelle logique de partenariat entre l’État (ministères, académie), les collectivités (communes, département, région) et les opérateurs publics et privés (Banque des Territoires, Canopé notamment).
Pour Marie-Caroline Missir, directrice générale de Canopé, son réseau a un rôle majeur de médiation entre l’académie et les acteurs EdTech. En effet, ces derniers sentent une difficulté d’accès au marché et ont subi une pression forte du fait de l’arrêt de l’économie. Pour répondre à ces difficultés, pour le réseau Canopé, le point clé est la formation (déclencher une formation sur des outils et expérimenter) en apportant un accompagnement des usages pédagogiques sur des outils EdTech. Ce sont souvent les outils les plus simples qui furent plébiscités car ils permettaient des usages plus libres et nombreux. La gouvernance c’est aussi faire des choix politiques comme les choix orientés de la Région Ile de France pour privilégier un déploiement massif de matériels avec un choix volontaire de soutenir la filière de la EdTech française.

La crise a aussi révélé un manque de définition des données pour mieux identifier les usages de ces équipements déployés massivement et aider au pilotage. Il existe de nombreuses données publiques, on peut déjà faire des corrélations sur les outils institutionnels. Mais on ne voit pas assez ce qu’il se passe à l’échelle des établissements. On sous-estime la “mine” de ces données selon Charline Avenel. Comment utiliser, valoriser ces données et les partager pour assurer la réussite des élèves ? Selon Laurent Jeannin, en France, nous avons la force d’avoir des données importantes, notamment grâce aux ENT. On pourrait tester des modèles de formation en fonction des données (dans la classe, entre pairs, voire transgénérationnels).

Des pistes de réflexion pour autre gouvernance

L’état des lieux fait ressortir plusieurs attentes remontées par la majorité des partenaires :

Faut-il harmoniser les équipements et les services ?

L’investissement des enseignants avec le numérique n’est pas le même, l’investissement d’une collectivité à l’autre non plus. On ne peut pas imposer une harmonisation complète sur des territoires différents et aux pratiques aussi diversifiées de la maternelle au lycée. Cependant, il est nécessaire d’avoir une réflexion partagée sur les usages en termes d’équipements, de services et de ressources qui influencent les types de pédagogie. Le dialogue est d’autant plus nécessaire pour agir sur les “niveaux charnières” entre les cycles et pour gérer et maintenir des usages sur le long terme. Mme Lanlo propose de réfléchir à un “parcours des élèves et familles” sur les différents temps : scolaire, péri-scolaire et hors temps scolaire, du plus jeune âge, jusqu’à l’entrée dans la vie professionnelle. Les équipements devraient être partagés entre les différents usages et par les différents partenaires (écoles, médiathèques, espaces numériques publics), pour construire des liens cohérents dans le parcours d’apprentissage du numérique.

Faut-il accentuer l’effort de formation pour encourager l’innovation pédagogique ?

L’usage massif du numérique nécessite de repenser la pédagogie, à la classe et aux élèves. La formation des enseignants est souvent définie comme point de blocage du développement du numérique. Mieux organiser la gouvernance passe par une meilleure formation des enseignants, mais il faut pour cela définir les usages vers lesquels on désire aller pour la réussite des élèves. Les dernières enquêtes indiquent une nouvelle relation avec les familles et un besoin de personnalisation des apprentissages, cela passe par l’innovation pédagogique.

Faut-il un créer un volet Ressources Humaines (RH) du numérique ?

Un autre enjeu et une autre demande en lien avec la formation et les usages numériques plus ancrés dans l’école est la réflexion sur un volet RH du numérique. Peut-on flécher et valoriser les compétences numériques des enseignants sur les usages dans certains lieux et développer les responsabilités, pour développer des chemins, des parcours professionnels filés.

Comment organiser le recueil et le partage des données ?

Afin de qualifier les usages et orienter le pilotage, le besoin de recueillir plus finement et plus régulièrement les données et les partager entre les partenaires impliqués est un enjeu essentiel. La mise en place d’un observatoire des usages numériques et le partage d’un tableau de bord entre les partenaires est un levier important à engager

Devenir prescripteur ?

“Être prescripteur”, un levier ,selon Laurent Jeannin, pour démultiplier les usages. Le chercheur s’appuie sur les réflexions engagées en Floride, en Australie et en Allemagne pour imposer dès la prochaine rentrée certaines parties du programme à distance. Si on se limite à la volonté d’un individu de se former ou pas et d’appréhender des questions numériques, on reste sur des questions de choix individuels, si on utilise un levier comme des éléments du programme obligatoirement à distance, on fait passer le choix individuel à la prescription et à la démultiplication des pratiques. Cependant, enseigner à distance c’est un autre enseignement, il faut être formé.

Vidéo de la table de ronde

Les intervenants

  • Charline AVENEL, Rectrice de l’académie de Versailles,
  • Marie-Caroline MISSIR, Directrice générale du Réseau Canopé,
  • Marie-Christine CAVECCHI, Présidente du Conseil Départemental du Val d’Oise
  • Virginie LANLO, Maire-adjoint délégué à l’Education à Meudon (92), membre de la commission Education de l’Association des Maires de France, coordinatrice du Réseau AMD Education 92
  • Bernard GIRY, conseiller numérique et innovation de la Présidente de la Région Ile de France
  • Laurent JEANNIN, maître de conférence, Titulaire de la Chaire de Recherche : Transition2 : Des espaces en transition à la transition des espaces éducatifs, Institut français de l’Éducation / École Normale Supérieure de Lyon, Membre du laboratoire BONHEURS (EA 7517) - TechSoLab/CY Cergy Paris Université/INSPE Académie de Versailles,

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