27 septembre, par Déborah Ades

Vous et la e-éducation dans l’académie de Versailles

Il s’est « lancé » dans la e-éducation pour son mémoire ...

témoignage oral de Kévin Tocquard, SVT

e-éducation Cycle 4 Département des Yvelines


Kévin Tocquard était stagiaire en SVT au lycée international de Saint Germain en Laye. Après un doctorat en biologie moléculaire puis un master MEEF, il a obtenu le concours. Dans le cadre de son mémoire de titularisation, il s’est interrogé sur la compatibilité entre classes inversées et apprentissage de la démarche scientifique. Pour ses élèves, il a réalisé deux parcours Éléa à distance. Son mémoire devant être rendu dans un délai très court, il s’est appuyé sur les tutoriels en ligne pour prendre en main la plateforme. Il revient ici sur son expérience et ce qu’il a constaté dans ses classes.

Qu’est-ce qui donne envie de travailler sur les classes inversées ?

« Cette année, j’ai eu la chance d’être au lycée international avec des élèves assez extraordinaires qui sont investis dans leurs apprentissages. Du coup, pour mon sujet de mémoire, je me suis dit : « pourquoi ne pas penser à des choses alternatives par rapport au cours classique ? ». C’est là que j’ai commencé à parler de classe inversée.On en parle beaucoup, mais concrètement j’avais du mal à voir ce que c’était. Les cours à la maison, les exercices en classe, je trouvais ça un peu difficile pour les SVT… »


Comment en vient-on à Éléa ?

« C’est l’un des formateurs, Christian Breban, qui a évoqué la plateforme Éléa quand on commençait à réfléchir à nos mémoires. Je lui ai parlé de la pédagogie inversée et il m’a dit que cette plateforme permettait de mettre en œuvre la classe inversée. Je me suis donc renseigné sur le site de l’académie. C’est facile. On tape « Éléa Versailles », c’est dans les premiers items qui sortent. Ensuite, tout est expliqué.
Dès que les conditions ont été remplies, la cité scolaire est entrée dans l’expérimentation, les référents numériques de mon établissement ont été très réactifs. Ils m’ont réellement facilité les choses. En quelques semaines, mes élèves ont eu accès à la plateforme via l’ENT. »


Est-il compliqué de prendre en main la plateforme ?

« Non, mais en fait il y a deux choses qui m’ont aidées. La première, c’est que j’aime bien travailler en autodidacte. Je vais à mon rythme. Je m’approprie directement les manipulations. Ensuite, j’ai regardé les aides, les tutoriels. J’ai vu toute la panoplie d’activités que la plateforme propose. Ça donne plein d’idées, mais j’avais peur de m’y perdre et le temps était compté. Je suis resté sur un parcours simple. D’ailleurs, pour ceux qui veulent découvrir la plateforme, je conseillerais de rester à un parcours en une ou deux étapes, quelque chose de modeste. C’est ce que j’ai fait pour ma part : une vidéo, des QCM, un espace de travail et pas plus. Du coup, même si je n’ai pas pu participer à la formation, mes appréhensions ont rapidement disparu. »


Quelles sont les questions à se poser avant de commencer ?

« Comment je pense organiser mon cours ? Comment je le présente aux élèves ? Comment je réagis si les élèves ne se connectent pas ? etc… et il y a plein de questions comme ça au début. C’est pourquoi, je conseillerais de faire juste une ou deux séances avec Éléa. Comme cela, si les objectifs visés ne sont pas atteints, on peut toujours reprendre autrement.

Je dirais que Éléa c’est un peu une "machine de guerre", il faut apprendre à appréhender la plateforme partie par partie . Le champ des possibilités est assez colossal. Cela peut être assez effrayant aussi. Je pense que cela m’a semblé facile, parce que je l’ai fait à mon rythme et que je me suis tout de suite fermé des portes pour découvrir progressivement la plateforme. Je savais ce que je voulais faire et je m’y suis tenu. »


Et pour concevoir des vidéos, quel est le procédé ?

« Ça été plus difficile. Je suis passé par la pédagogie classique et j’ai cherché ce que je pourrais mettre sur Éléa pour libérer du temps en classe en lien avec la problématique de mon mémoire.

Mais, une vidéo comme celle-ci c’est une demi-journée de travail. J’ai gagné du temps parce que j’avais déjà fait la recherche pour l’autre classe qui avait une semaine d’avance dans la progression. Rien que penser à "qu’est-ce que je dis ?" et "comment je le dis ?" c’est exigeant. Je me suis fait un script papier. Même si je ne lisais pas, j’avais l’enchainement des notions pour que ce soit assez fluide à l’oreille. Un texte lu en vidéo ne rend pas pareil qu’une explication, même si on dit la même chose. Ensuite, c’est une affaire de montage vidéo. »


Dans le cadre de son mémoire, Kévin Tocquard a testé la démarche de classe inversée en comparant une classe qui a suivi une progression « classique » et une autre avait un petit parcours Éléa avec vidéo et QCM à la maison.

Avec la posture en classe inversée a-t-on l’impression de diminuer ses exigences quant au contenu du cours ?

« Au niveau notionnel, je suis au même niveau dans les deux classes, celle en parcours "classique" et celle en classe inversée. En fait, ça m’a libéré du temps. Ce que j’explique là en 3 minutes dans la vidéo, en classe c’est un quart d’heure pour que l’élève comprenne le schéma par lui-même…. Finalement, j’ai davantage travaillé une partie de la démarche scientifique avec eux, l’analyse de résultats autour de cette expérience présentée en vidéo. »


Est-ce que le suivi d’activité dans Éléa apporte une plus-value ?

« J’ai utilisé le suivi parce que je voulais vérifier qui avait fait le travail. L’un des problèmes qu’on a avec la classe inversée, c’est de débuter le cours avec des élèves qui ne se seraient pas tous connectés. Donc j’ai suivi ce qu’ils avaient fait et c’était intéressant. J’ai pu voir que même si on laisse beaucoup de temps aux élèves, il y en a trois qui se connectent le soir même ou le lendemain, cinq ou six pendant le weekend, mais pour la majorité c’est la veille ou l’avant-veille et surtout après le mail de relance que j’ai fait.
Quand j’ai vu qu’ils étaient cinq à avoir fait l’étape qui était pour le sur-lendemain, je leur ai écrit un mail tel que « je vous rappelle que … » et ils se sont mis dessus. Mais, je pense qu’il y a aussi une habitude de travail à mettre en place. Si l’on peut dire qui a fait quoi et quand, on est à même de mieux accompagner les élèves à devenir autonome. »


Quelles différences observe-t-on entre les deux classes ?

« J’ai senti la deuxième classe plus motivée. Il faut savoir que c’est une classe que j’ai le vendredi de 16h à 17h, qui arrive après deux heures de français. Ils sont fatigués, ils sortent leurs cahiers mais l’air de dire « c’est la dernière fois de la semaine ». Dans cette classe, j’ai ressenti qu’ils étaient plus motivés parce qu’ils sont arrivés avec des questions.
Alors, il y avait le sujet en soi - c’était sur les transgenèses de souris. Les scientifiques ont mis un gène qui fait que la souris synthétise une protéine qui la rend fluorescente, mais quand même. L’autre classe qui l’a fait en papier était motivée aussi, mais ils n’avaient pas autant de questions en arrivant en classe. »


Les élèves ont été motivés par le numérique ou par la façon dont le cours était scénarisé ?

« À mon sens, ce n’est pas le numérique. Je pense, mais d’ailleurs les travaux de la recherche font état de cela, que cette méthode a un impact positif sur la motivation de la plupart des élèves.
Après la séance, je leur ai soumis un questionnaire. Globalement, les élèves ont aimé le mode de fonctionnement puisque j’ai eu 100% de oui. Les 2/3 des élèves ont indiqué que cela leur permettait d’être plus « préparés » à la séance et de mieux comprendre le cours. Quant à leur motivation, leur réponse est variable : 46% se disent plus motivés et 54% ne se sentent pas plus motivés. Les premiers avaient envie d’approfondir le sujet en classe et de comparer leurs résultats. Les autres ont trouvé cela plus intéressant, mais pas forcément plus motivant qu’une autre méthode. Par contre, certains ont précisé qu’ils avaient apprécié parce que ça leur permettait de revenir sur la vidéo à leur rythme. »


Le numérique pour enseigner et pour apprendre doit-il répondre à un besoin ?

« C’est exactement ça.
Ça ne s’improvise pas. Le travail principal c’est la scénarisation et comment on utilise ces outils numériques pour conserver la démarche scientifique. La classe inversée et la démarche scientifique sont tout à fait conciliables, mais cela doit être pensé en amont car nous ne travaillons jamais une démarche complète lors d’une séance, mais souvent une ou deux étapes. »


Est-ce que cela donne l’envie de prolonger l’expérience ?

« Cette année je ne me sentais pas de faire plus qu’un chapitre, mais l’année prochaine ça ne me dérangerait pas de faire plusieurs parcours Éléa. Il faut trouver le temps, c’est tout. A la fin ça m’a complètement désinhibé pour utiliser la e-éducation. J’ai vu une réelle plus-value.
Pour l’avenir, j’aimerai le mettre en lien avec des tablettes, l’élève pourrait facilement retourner tout de suite sur le parcours quelque soit la salle où on est et ça c’est important aussi. »


Pour aller plus loin :
Kévin Tocquard, La pédagogie inversée en SVT et l’appropriation de la démarche scientifique par les élèves, mémoire université de Cergy-Pontoise, 2017
Résumé du mémoire :
« La pédagogie inversée est une pratique qui consiste à repenser les temps de travail en classe et en dehors. Les élèves ont alors accès, souvent grâce à des plateformes numériques, à des contenus en ligne à visionner avant la classe, ce qui permet ensuite de travailler certaines compétences pendant la classe. Cependant, en Sciences de la Vie et de la Terre (SVT), l’acquisition des connaissances se fait grâce à des expériences en classe et l’utilisation du réel. Ce mémoire se concentre alors sur l’interaction entre la classe inversée et la démarche scientifique. Pour cela, deux possibilités testées en classe de 3ème sont proposées. Les avis des élèves de cette classe, ainsi que des enseignants de SVT ont été recueillis vis-à-vis de cette pratique pédagogique et montre une augmentation de la motivation des élèves vis-à-vis de l’enseignement. »

Pour lire l’ensemble du mémoire , c’est ici :

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